Siestes (Julio Cortazar, recueil « Dernier Round »)

Le canapé bleu

Paul Delvaux, le canapé bleu, 1967, copyright détenu par http://www.wikiPaintings.org

Wanda sombre dans un cauchemar qui prend pied dans sa réalité. Cette peur, ce cauchemar, qui se précise, se rapproche, jusqu’à envahir sa vie, la guettant dès qu’elle fatigue, ou dans l’obscurité, d’où vient- elle?  La folie, un traumatisme? Et ce rêve, de l’homme à la main de cire rose, d’où vient- il? Qu’y a- t- il que Wanda refuse de voir?

Comme dans un polar

Wanda habite avec ses quatre tantes: tante Adela, tante Maria, tante Ernestina qui la réprimande, et tante Lorenza avec qui elle dort.

Quand ses tantes reçoive du monde, elles l’envoient chez Teresa, avec qui Wanda est amie, bien que les tantes se soient brouillées avec celle- ci, l’accusant d’avoir une mauvaise influence. Mais mieux vaut cela, plutôt que Wanda ne ressasse son cauchemar de l’homme à la main artificielle. Et s’il n’y avait que ce rêve …

Cela datait de l’été passé. Il y avait une zone d’ombre dans son souvenir, du moment où l’homme à la main de cire s’était approché, et puis, elle avait pris la fuite. Depuis elle avait eu ce cauchemar.

Mais était- ce seulement ce souvenir? Avec Teresa, elle avait appris à fumer les cigarettes du père de celle- ci, et à découvrir leur corps d’adolescentes en devenir. Et il y avait eu les livres d’art.

L’été passé, après ces cigarettes,  Teresa, dénudée car elle avait chaud (et elle l’avait incitée à se dévêtir aussi),  lui avait montré comment faire. Teresa, épuisée, avait fait la sieste, alors que c’était à Wanda qu’elle l’avait fait, qu’elle lui avait montré.

Elles avaient par la suite déambulé jusqu’à la gare, puis s’étaient séparées, Wanda n’était pas rentrée directement, et lors de son détour il y avait eu l’homme au chapeau, aux lèvres minces, qui lui demandait l’heure, tandis qu’il retirait de sa poche sa main de cire rose.

Et ensuite cette amnésie. Puis la fuite, le retour chez elle, fermer à double tour, Broc le chien gardant la porte, et depuis, le même cauchemar.

Et alors, je ne suis plus sûr de tout comprendre au récit…

  • « Alors tu n’aimes pas être comme les femmes de l’album? dit Teresa en s’étirant sur le canapé. Regarde- moi et dis- moi si je ne suis pas tout à fait comme celle où tout à l’air d’être en verre et très loin et où l’on voit un homme tout petit qui s’avance au bout de la rue. Enlève ton slip, stupide, tu gâches tout l’effet. »

A partir de là, le monde du rêve, de la peinture semble rejoindre le souvenir de Wanda. La tension est palpable, directement associée aux pressions de Teresa pour qu’elle se dénude, elle aussi.

  • « C’est vrai que t’as des poils mais pas beaucoup, avait dit Teresa. C’est drôle, t’as quand même encore l’air d’une petite fille. Allume- moi une cigarette et viens.
  • Non, non, avait dit Wanda en essayant de se libérer. Qu’est- ce que tu fais? Je ne veux pas, laisse- moi. »

Puis le malaise s’installe et s’amplifie.

  • « Hein, que tu aimes ça? dit Teresa. On peut aussi faire comme ça, regarde.
  • Non, non, je t’en prie, dit Wanda. »

Une suite de phrases, glanées dans le récit sont alors rassemblées, et laissent alors penser que le souvenir refoulé, le cauchemar, les abus de Teresa, les images de l’album érotique, que tout cela s’amalgame, comme s’il y a un lien avec son traumatisme :

  • « Qu’est- ce que c’est des hallucinations ? [dit Wanda]
  • Je ne sais pas, quelque chose de terrible, on crie et on se tord par terre. Tu as raison, il fait vraiment une chaleur d’orage. On va se déshabiller.
  • Il ne fait pas chaud au point de se mettre toutes nues, avait dit Wanda.
  • Tu as mangé trop de pot- au- feu, dit tante Lorenza, c’est lourd le soir, comme les oranges.
  • On peut aussi faire comme ça, avait dit Teresa. »

Conversation avec l’art

J’ai été perturbé par cette lecture. J’avais la sensation d’avoir manqué des indices. Jusqu’à ce que je me renseigne sur le livre d’origine. Il s’agissait de faire communiquer des textes différents entre eux, et surtout que des images viennent en correspondance avec le texte, que les deux mondes dialoguent et se répondent.

Grâce à internet (je t’aime GOOGLE!), j’ai alors retrouvé le peintre en référence : Paul Delvaux.

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La maison correspondrait à celle des 4 tantes :

  • Paul Delvaux, Les Belles de nuit, 1962
  • Paul Delvaux, Toutes les lumières, 1962

Les autres tableaux correspondent aux descriptions des deux adolescentes, dont celles de l’homme au chapeau :

  • Paul Delvaux, le congrès, 1941
  • Paul Delvaux, la ville inquiète, 1941
  • Paul-Delvaux, train de nuit, 1957
  • Paul Delvaux, station forestière, 1960

Complémentarité

L’édition dont je dispose ne comprend pas tous les tableaux d’origine. Finalement, Wanda et Teresa imitent l’art, au- delà du bon vouloir de Wanda (« Non, non, avait dit Wanda en essayant de se libérer. Qu’est- ce que tu fais? Je ne veux pas, laisse- moi. »), et son malaise prend corps, et rattrape Wanda dans sa réalité.

J’ai aussi eu d’autres précisions : les tantes se prénommeraient comme les filles du peintre; c’est fantastique, mais à part pour une étude de texte universitaire, ça n’a que peu d’intérêt, sauf pour les otakus de Cortazar…

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A propos Erick

INFP, en transition : écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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Un commentaire pour Siestes (Julio Cortazar, recueil « Dernier Round »)

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