Autobus (Julio Cortázar, recueil « Bestiaire »)

 

Dans cette nouvelle du recueil Bestiaire, les personnages principaux sont emprisonnés dans une atmosphère oppressante, projetée par les passagers et le chauffeur de leur autobus.

Un châtiment les attend sans doute à cause de leur originalité, qui ne leur permet pas de s’identifier au reste de la foule …

Clara est libre cette après- midi. Elle prend le 168, afin de rejoindre son amie Anna, pour une après- midi thé, radio et chocolats (bref, ce que j’ai l’habitude de faire sur mon canapé).

Seule à attendre le bus, elle se fait dévisager par le conducteur. Ce qui pourrait être pris pour de la paranoïa est justifiée : il insiste, ainsi que le receveur (de tickets) à plusieurs reprises, comme si quelque chose n’allait pas!

En fait, quelque chose ne va réellement pas. La dame devant elle, le monsieur qui pue à l’arrière, ils l’observent tous, ils ont tous un bouquet de fleurs. Mais l’atmosphère est tout de même pesante.

« Il est naturel que les voyageurs regardent celui qui vient de monter, il est normal que les gens portent des fleurs s’ils vont au cimetière de Chacarita, il est presque normal que tout le monde dans l’autobus ait des bouquets. »

Les arrêt passent, personne ne descend ni ne monte. Jusqu’à ce qu’un nouveau venu ait à subir le même traitement que Clara. Condescendance du receveur, quand il demande un ticket, et alors les mêmes regards de tout l’autobus. Alors que Clara aurait dû se sentir soulagée, les regards englobent à la fois le nouveau et elle- même.

Le poids des regards devient tel que Clara envisage de quitter le bus. Finalement, tous les bouquets et leurs porteurs descendent, laissant les deux jeunes seuls dans l’autobus. Mais visiblement, le receveur a décidé que c’était leur arrêt, alors qu’ils descendent plus loin. Ils sont donc obligés d’insister pour rester à bord.

« A ce moment- là, Clara sentit que le garçon posait lentement une main sur la sienne comme s’il profitait de ce qu’on ne pouvait pas les voir du devant. C’était une main douce, tiède et elle ne retira pas la sienne, simplement elle la fit descendre lentement plus bas, vers le genou. Un vent de vitesse emportait l’autobus. »

Finalement, la tension monte. Le chauffeur quitte son poste, arrêtant le bus, pour essayer de leur parler, d’un air décidé et rageur, mais est obligé, au dernier instant, de reprendre sa conduite.

« Par deux fois, il fut arrêté par un agent de circulation et par deux fois le chauffeur voulut se jeter sur eux mais chaque fois le receveur l’en empêcha, avec de grands gestes rageurs, comme si quelque chose lui faisait mal. »

« Elle sentit sur ses cheveux le halètement de son compagnon, le coup de frein brutal les jeta sur le côté et au moment même où la porte s’ouvrait, le chauffeur couru dans le couloir, les mains tendues. »

Mon avis ? Le poids du conformisme

La nouvelle (peu importe son dénouement, il ne faut pas gâcher le suspens !) m’a laissé dans un état de stress doublé d’incompréhension. Pourquoi ne devaient- ils pas monter dans l’autobus? Était- il réservé à ceux qui avaient un bouquet de fleurs? Qu’est- ce que le conducteur avait de si important à leur dire ?

Ce qui est effrayant, c’est que la situation est inhabituelle, mais des vitres du bus tout semble se dérouler à l’accoutumée.

Finalement le conformisme rattrape Clara. Cela m’a fait penser au Conformiste, de Phil Mulloy, un court- métrage où un cowboy, ayant dompté un cheval sauvage, devient la risée de ses pairs, qui possèdent tous un cheval- jouet monté sur plateau à roulette (oui, je sais, totalement ridicule!); pour regagner leur estime, devinez quel sacrifice il fera?

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A propos Erick

INFP, en transition : écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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3 commentaires pour Autobus (Julio Cortázar, recueil « Bestiaire »)

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