C’est avec un légitime orgueil (Julio Cortázar, recueil « Le tour du jour en quatre- vingts mondes »)

English: Ring-tailed Mongoose Français : Mango...

Cette nouvelle, totalement absurde, utilise un schéma imbriqué pour justifier un propos intenable.

Sa construction narrative à rebours rappelle celle du Trésor de la jeunesse (même auteur, recueil « Dernier Round »), où chaque idée en appelle une autre.

Mais, à y repenser, l’absurdité serait de considérer cette nouvelle au premier degré …

Les feuilles mortes

Tout part d’un bon sentiment. À la Toussaint, il s’agit d’honorer ses morts, et pour cela, il faut que les tombes soient dégagées. Donc déblayer les feuilles mortes avant la fête des morts. La municipalité organise alors le nettoyage :

  • les vieux pulvérisent de l’essence de serpent sur les feuilles mortes;
  • les adultes dirigent les mangoustes, récoltent les feuilles qu’elles ramènent, et évacuent les sacs de feuilles;
  • les enfants surveillent les mangoustes.

Le rendement, ici, est très important pour les adultes, car en cas d’insuffisance, ils seraient envoyé en forêt vierge…

Mangoustes et serpents

Alors que le moyen d’éviter le problème (trop de nettoyage pour peu de temps) a été écarté d’emblée (commencer le ramassage des feuilles plus tôt!), la chaîne est décrite avec peu de contestation ou d’étonnement, car les coutumes sont indiscutables.

« Nous nous sommes demandés parfois comment avait pu naître l’idée de pulvériser l’essence de serpent sur les feuilles mortes. »

« Un beau jour, la municipalité a dû s’aviser que la population ne suffirait pas à ramasser toutes les feuilles qui tombent à l’automne et que seule une utilisation intelligentes des mangoustes qui abondent dans le pays pouvait combler le déficit. »

« Quelque fonctionnaire venu des villes du Nord, en bordure de la forêt vierge, a dû remarquer que les mangoustes, indifférentes d’habitude aux feuilles mortes, s’acharnaient sur elles quand elles sentaient le serpent. »

La guerre et les morts

« Nous sommes convaincus que nos autorités veulent nous éviter toute préoccupation au sujet de ces expéditions dans les forêts du Nord mais, malheureusement, nous ne pouvons pas ne pas voir les pertes. Ce n’est pas que nous ayons la moindre intention d’en tirer des conclusions mais la mort de tant de parents ou de connaissances au cours de chaque expédition nous amène à supposer que la chasse au serpent se heurte chaque année à la résistance farouche des habitants du pays frontière et que nos concitoyens ont à affronter, parfois avec des pertes graves, la cruauté et l’hypocrisie légendaire de ces gens- là. »

Ainsi, les expéditions sont sanglantes, de par l’intrusion dans la forêt du pays voisin. Et les morts sont acheminés au cimetière, venant grandir le nombre de tombes à dégager de feuilles mortes.

Mon avis

Qu’est- ce qui est légitime dans cette chaîne absurde? Au fil de la forme du discours, il ressort une certaine fierté à l’égard de la patrie, renforcée par les pertes humaines, qui, elles- même, renforcent la légitimité de la chasse au serpent.

Orgueil ou plutôt stupidité? Le narrateur témoigne de son ignorance vis- à- vis de l’origine de cette chasse au serpent. Car si elle est logique, au vu de la chaîne de récolte des feuilles mortes, les conséquences sont trop importantes eut égard à l’objectif initial.

Ainsi, sous couvert d’absurdité, Cortázar parle de l’origine d’un conflit entre deux pays, indescriptible et non soumise au débat de la population, qui accepte la situation car il y aurait des conséquences en cas de rejet, et que, de plus, aucune alternative n’est envisageable ni recherchée.

Aussi, il est impossible de ne pas rapprocher ce texte de déclarations politiques qui considèrent des situations comme sans alternative, sans avoir évoqué les causes réelles ni envisagées une refonte totale du système à l’origine de la situation catastrophique à laquelle ils ne proposent que des solutions temporaires.

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A propos Erick

INFP, en transition : écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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2 commentaires pour C’est avec un légitime orgueil (Julio Cortázar, recueil « Le tour du jour en quatre- vingts mondes »)

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