La lointaine (Julio Cortazár, recueil « Bestiaire »)

 

double by madamepsychosis, on Flickr

Crédit : Madamepsychosis – http://www.flickr.com/photos/belljar

Impossible de passer sous silence « La lointaine », que je viens de citer dans « axolotl ».

Alina Reyes est obsédée par l’impression de ne pas être à la hauteur de celle qu’elle est.

Dans son journal, elle nous conte sa quête de son double qui lui serait à même de vivre sa vie pleinement, en digne Alina Reyes, et non pas partiellement, comme la vie qu’elle mène alors.

Sa quête insensée de son double imaginaire conduira à une fin dramatique, irréelle …

Alina Reyes, après une soirée mondaine, conte dans son journal ses façons de parvenir au sommeil, par des jeux de langue : allitérations, palindromes, anagrammes.

« […] Alina Reyes, es la Reina y … Merveilleuse, celle- là, parce qu’elle ouvre un chemin, parce qu’elle ne conclut pas. Parce que la reine et … Non, horrible, horrible, parce qu’elle ouvre un chemin à celle qui n’est pas la reine et que de nouveau, la nuit, je hais. »

La lointaine

Ainsi, très vite est abordé le double, cette autre reine, qui vit à Budapest, qui est mendiante, qui a froid. Et ce sentiment empêche Alina de profiter de son luxe, de la félicité qui devrait être sienne.

« « En ce moment je traverse un pont glacé, en ce moment la neige entre dans mes souliers gelés. »  Ce n’est pas que je sente quoi que ce soit. Je sais seulement que c’est ainsi, quelque part dans le monde je traverse un pont au moment même […] où le petit Rivas accepte mon thé et prend son air le plus idiot. »

Je ne raconterai pas tout!

Désolé, mais ce serait trahir cette nouvelle, que d’en dire plus.

L’important, ce n’est pas la fin, mais la thématique du double. Alina n’est pas sure d’elle, n’est pas sure d’être à même de vivre sa vie pleinement, et ce doute l’envahit, comme s’il existait, ailleurs, quelqu’un de misérable, aux antipodes de sa vie à elle, mais avec un esprit qui correspondrait au corps d’ Alina Reyes, digne d’elle.

C’est donc avec effroi qu’ Alina s’en va vers ce double qui l’appelle en rêve, à Budapest. Sans espoir d’être rassérénée, c’est une obsession qu’elle souhaite assouvir afin d’en être libérée, tel un maléfice lui imposant ses actions.

Mon avis

C’est aussi une de mes préférée, cette nouvelle qui m’a fait frissonner, et par là je pense que Cortazár m’a transmis la phobie de ne plus être moi- même. Car s’il est beau de rêver être quelqu’un de différent, je n’envisage pas d’être privé du droit d’être celui qui anime mon corps.

Publicités

A propos Erick

INFP, en transition : écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
Cet article, publié dans nouvelle, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour La lointaine (Julio Cortazár, recueil « Bestiaire »)

  1. Ping : Les armes secrètes, de Julio CORTAZAR | Du thé sur le canapé

  2. Ping : Bestiaire, de Julio Cortazar | Du thé sur le canapé

  3. Ping : Texte sur un carnet (Julio Cortazar, recueil « Nous l’aimons tant, Glenda ) | «Du thé sur le canapé

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s