Les fils de la vierge (Julio Cortazar, recueil « Les Armes secrètes »)

Le récit peine à débuter. Un photographe, à la suite d’une prise de vue à la dérobée, se retrouve piégé dans un monde intemporel, où seule la photographie semble encore « vivante ».

La nouvelle est confuse. Le narrateur n’est pas maître de ses pensées. Finalement, il se décide à raconter. Un photographe, décidé à immortaliser une après midi, a dérobé un instant à une femme et un jeune garçon, à leur insu, mécontents.

La photographie

La femme semblait maîtriser la situation, le jeune homme, flatté d’être avec une femme plus âgée, a vite eu l’air d’être pris au piège. L’intervention du photographe dans le rendez- vous a pris de court un homme, sorti de sa voiture, probablement lui aussi à l’affut du déroulement de la rencontre. Et le jeune en a profité pour s’enfuir.

Détails de la prise de vue

De retour chez lui, Michel développe la pellicule, et agrandit la photographie, jusqu’à ce qu’elle recouvre un pan de mur de l’appartement.

« […] et je me rendis compte brusquement que je m’étais installé exactement au point de mire de l’objectif. C’était parfait ainsi, sûrement la meilleure façon de regarder une photo […] »

Les fils de la vierge, la bave du diable

« […] il prit ses jambes à son cou, passa à côté de la voiture et se perdit comme un fil de la vierge dans l’air du matin. »

Cortazar évoque le fil de la vierge comme quelque chose qui s’éloigne du point de mire, qui se dirige vers la ligne de fuite de la photo pour se perdre, inaccessible.

La bave du diable se rapporte aux invectives de la femme, qui revêt soudain un rôle fantastique quand Michel regarde une dernière fois l’agrandissement mural.

« En ce moment même, je ne savais pas pourquoi je regardais la photo ni pourquoi j’avais fixé cet agrandissement au mur : c’est peut- être ainsi qu’arrivent les choses inévitables et c’est peut- être cela la condition de leur accomplissement. »

L’image fixée change alors, la main de la femme s’anime, pour emplir l’image et la déborder, comme s’il avait été pris en photo la main de la femme tentant d’emprisonner la caméra.

« […] je vis la main de la femme se refermer lentement, doigt après doigt. Il n’est rien resté de moi […] »

Révélation de la véritable histoire

Michel disparait, et s’impose alors la scène qu’il avait interrompue. La femme était en fait envoyée par l’homme en voiture, pour capturer le jeune homme.

« Il n’était pas le premier à envoyer une femme en avant- garde pour lui ramener des prisonniers ligotés de fleurs. »

Michel devient alors un témoin, confondu avec son appareil photo, de ce qui se déroule, mais sans pouvoir jamais agir, désormais.

« Mon arme avait été alors une photo, cette photo- là où ils se vengeaient de moi à présent en me montrant ouvertement ce qui allait arriver. »

« […] prisonnier […] de n’être rien d’autre que l’objectif de mon appareil photographique. »

Le châtiment de Michel est d’être coincé dans un monde intemporel, à regarder une scène identique, où cette- fois il n’y pourrait rien.

Sauf qu’il réussit à interférer, et en résultat, la caméra est balancée au sol, d’où, se confondant désormais avec la caméra, il ne peut plus qu’observer le ciel et ses nuages.

Mon avis

Cortazar explore la symbolique de la photographie.

Prendre une photo, c’est immortaliser un instant, conserver un souvenir. Certains s’y opposent, arguant que c’est leur âme que l’on dérobe.

Est- ce si idiot? Cortazar retourne la situation. La prise de vue conduit à bloquer le temps du photographe. C’est son âme qui aurait été dérobée.

Mais on peut aussi envisager avec lyrisme cette nouvelle. Le photographe, passionné par son art, finit par inonder son espace personnel de la photo, et la pièce s’isole du monde extérieur pour devenir la chambre noire de la caméra, la photo étant dès lors le viseur de l’appareil, et le narrateur son interprétation.

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A propos Erick

Diététicien, INFP, yogi coincé, coureur amateur. Buts: écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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