Vents Alizés (Julio Cortazar, recueil « Façons de perdre »)

Maurice et Véra fêtent leur anniversaire. L’occasion d’une rétrospective, un passé glorieux mais méthodiquement répétitif depuis.

Leur vie sans histoire parisienne, comment s’en d

épartir? L’idée : un voyage, où ils joueraient à faire semblant.

Des inconnus. Totale liberté. Et peut- être, tomber amoureux, de nouveau ?

Comment vont- ils tout PERDRE avec ce jeu ?

Les principes du jeu

Parce que cette fois […], cette fois ça pouvait être différent, il n’y avait qu’à codifier la chose, s’amuser à partir de cette absurdité totale qui consisterait à prendre des avions différents, arriver à l’hôtel comme s’ils ne se connaissaient pas, laisser le hasard faire les présentations dans la salle à manger ou sur la plage au bout d’un jour ou deux […]

Tout comme dans Manuscrit trouvé dans une poche, on retrouve le jeu du hasard, pour la beauté d’une relation amoureuse où les protagonistes seraient prédestinés à s’unir, se revoir.

Car les certitudes de leur quotidien leur pèsent. Ils se comprennent à demi mots, leurs pensées se rejoignent, comme deux âmes sœurs, jumelles.

Comme si l’espoir de trouver un autre soi-même avait été exaucé, et qu’ils subissaient les amères conséquences de la lassitude de n’être surpris par rien, de vivre une vie à deux en pilotage automatique, sans heurt, sans passion, sans action, sans surprise.

Un rectangle amoureux ?

Véra arrive en Afrique après Maurice. S’observant de loin, ils finissent tout de même par se croiser. Maurice joue déjà le jeu en feignant d’avoir un autre métier.

Maurice et Anna, Véra et Sandro

Véra perd de vue Maurice, ou plutôt commence à se focaliser sur Sandro, tandis que Maurice découvre plus loin ,au cours du séjour, Anna.

Peu à peu le couple de France s’oublie pour laisser place à ces rencontres de vacances. Maurice, comme envisagé par Véra, se rapproche d’Anna. Sandro conquiert Véra de ses baisers jusqu’à une visite à son bungalow.

Le jeu continue … où pas ?

Le code disait samedi à sept heures du soir, Véra profita d’une rencontre sans témoins sur la plage pour montrer au loin une palmeraie propice. Ils s’embrassèrent avec une vieille tendresse, riant comme deux gosses, respectant l’article quatre, bons enfants.

Ca nous réussit, dit Maurice presque aussitôt, et Véra, oui, c’est vrai, ça nous réussit, ça se voit à ton visage et à tes cheveux, pourquoi aux cheveux, parce qu’ils brillent d’un autre éclat, c’est le sel bécasse, c’est possible mais le sel ça ternit plutôt le poil, ils furent pris de fou rire […]

Au cours de leur conversation, soudain on comprend que Maurice, c’est aussi Sandro, et que Véra a aussi joué le jeu de prétendre être une autre. Et le jeu continue, puisqu’il en était convenu ainsi de leurs vacances.

La disparition de Maurice et Véra

Maurice et Véra cessent d’être les amants de Sandro et Anna, ils s’éclipsent pour laisser leurs avatars se découvrir, et se conquérir. D’observateurs lointains, se superposant aux pensées de leurs personnages, ils disparaissent, un temps, du récit …

[…] il n’y avait plus besoin de code pour décider que Sandro, à l’aéroport, proposerait à Anna de la raccompagner chez elle, qu’Anna accepterait comme un simple geste de politesse […]

Loin de la routine, vers une passion éternelle …

Mais cette fin idyllique est démentie, car sous- entendant que Sandro et Anna sont déjà sur la même longueur d’onde, accordés comme l’étaient Maurice et Véra.

Qui sait quand les verres et les cigarettes revinrent, les oreillers pour s’asseoir au lit et fumer à la lumière de la lampe par terre.

[…] et elle la première se demandant comme à elle- même ce que deviendraient Véra et Maurice après le Trade Winds, ce qu’ils deviendraient à leur retour.

La réalité assaillit les personnages. Sandro et Anna essaient de la nier en imaginant le retour chez eux de leurs créateurs, mais il s’agit plutôt d’une autre façon de voir leur fin.

« Ils n’auront plus rien à se dire, je crois que c’est Maurice qui ouvrira le tiroir et en sortira le flacon bleu. Comme ça, tu vois, un flacon bleu comme celui- ci. »

De là, tout espoir est perdu. Même ce jeu aura eu une fin. La routine sans fin, pour empêcher son retour, et demeurer dans cette passion nouvelle, Maurice et Véra, à travers leurs personnages, décident de ne pas quitter cette félicité retrouver, d’y goûter jusqu’à la fin, qu’ils précipitent.

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A propos Erick

INFP, en transition : écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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