Orientation des chats (Julio Cortazar, recueil « Nous l’aimons tant, Glenda »)

 

La distance entre sa compagne, Alana, à l’image d’Osiris, son chat insondable, saurait- il la briser, ou bien fallait- il admettre que chacun est un inconnu dont on peut se rapprocher, mais à jamais insondable ?

« Quand Alana et Osiris me regardent, je ne peux pas me plaindre de la moindre dissimulation, de la moindre duplicité. Alana sa lumière bleue et Osiris son rayon vert. »

« Derrière ces yeux bleus, il y a autre chose, au fond des mots, des gémissements, des silences, un autre royaume respire, une autre Alana. »

« A ma façon, je m’obstine à comprendre, à découvrir. »

Ainsi donc, le narrateur persiste à vouloir accéder à Alana, à réduire la distance. Aussi, lors d’une exposition, alors qu’Alana est absorbée par la contemplation de tableaux, il s’approche encore de la véritable Alana.

« Je sentis que la peinture la portait au- delà d’elle- même, pour ce seul spectateur  qui pouvait mesurer la métamorphose instantanée, jamais répétée, d’Alana en Alana. »

Le narrateur découvre alors qu’Alana entre au plus profond des tableaux qu’elle miroite de son regard, et ils retournent à l’exposition, afin qu’il se plonge encore dans ce sentiment de communion avec son épouse, sans distance.

Cette obsession, une passion sans fin, de plonger dans l’essence de sa femme pour se confondre avec elle, cela prend fin abruptement.

« Je sentis, d’une certaine façon, que le triangle s’était cassé, lorsque Alana tourna sa tête vers moi le triangle n’existait plus, elle était allée vers ce tableau mais n’en étais pas revenue, elle était restée du côté du chat à regarder au- delà d’une fenêtre une chose que personne d’autre qu’eux ne pouvait voir, une chose que voyaient seulement Alana et Osiris chaque fois qu’ils me regardaient en face. »

Une fois encore

Cortazar récidive, à la manière de sa Fin d’étape. Dans l’autre nouvelle, l’héroïne se pose dans le cadre intemporel, chaleureux et reposant d’une salle qui est aussi un tableau.

La différence, cette fois, tient au tableau, qui joue le rôle d’un miroir pénétrant, d’une fenêtre de l’âme. Le narrateur découvre les multiples facettes de sa femme quand celle- ci examine les tableaux. Elle se dépouille, sans le savoir, jusqu’à laisser percevoir celle qu’elle est, sans artifice.

L’espionnage du mari s’achève, brutalement, dès qu’ Alana, plonge son regard dans un tableau qui est une fenêtre de l’essence de son mari. On y retrouve Osiris, le chat, qui observait déjà le narrateur d’un certain regard.

Alana, en plongeant son regard, se confond avec Osiris, et une distance insurmontable, celle de l’incompréhension fondamentale entre les individus, entre un homme et une femme, est rétablie, sans laisser au narrateur l’espoir du début, de sonder cette inconnue.

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A propos Erick

Diététicien, INFP, yogi coincé, coureur amateur. Buts: écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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