Le Fleuve (Julio Cortazar, recueil « Fin d’un jeu »)

Elle est partie durant la nuit. Encore une fugue, pour renier cette relation indélicate qui les unit malgré ses dires, par- delà ses paroles.

Seuls les actes valent et ses menaces de se donner à la Seine …

Et elle demeure encore à ses côtés, et elle se refuse, et elle le fuit, et elle se donne à lui. Volontairement.

Simple histoire d’amants que la passion déchire, dévore, l’une se noie, se débat, écartant ses sentiments qui, pourtant, ne sont qu’un produit d’elle- même, lui, fidèle à sa nature, froid et méthodique, maîtrisant ses propres actes, contrôlant ses sentiments, la dominant.

Et tout est déjà dit, alors ? NON ! Rien n’est ce qu’il parait. ENCORE ?

Un chef- d’œuvre minuscule de Cortazar.

Elle va se jeter … où ?

Ils se sont disputés, et elle est contre la Seine, à Paris, maintenant. Elle aura mis sa menace à exécution … ou bien ?

Mais non, elle est à ses côtés. La nouvelle est trouble dans sa narration. Les phrases sont infinies, scandées par la fougue qui transpire des paroles de celui contre qui elle s’est fâchée.

« Toujours la même histoire, pour t’endormir ensuite, le visage trempé de larmes stupides, jusqu’à onze heures du matin, l’heure à laquelle on apporte le journal avec les faits divers de ceux qui se sont vraiment noyés. »

Visiblement, il ne compatit pas et ne cherche pas à la comprendre. Elle en souffre, d’autant qu’elle ne peut pas s’empêcher de revenir dans ses bras, chaque fois.

La fugue, mais vers où ?

« Mais alors, que fais- tu encore dans ce lit que tu avais décidé d’abandonner pour un autre plus vaste et plus fuyant? »

Sa fugue a bien eu lieu, c’est indéniable, mais s’amoncellent les doutes, disséminés par le champs lexical de l’eau trouble de la Seine, qui se mêle à celui de la chambre à coucher :

« Ce n’est pas pour cela que je te touche dans la pénombre verte du petit matin […]. »

« Le drap ne te couvre qu’à moitié, mes doigts commencent à descendre et suivent le chemin ferme de ta gorge […]. »

Elle lutte. Encore. Toujours contre lui. Mais qui ?

La lutte des deux amants dans le lit se mêle à l’idée du noyé en devenir, qui se débat par réflexe. Soudain, Cortazar introduit avec surprise une scène de viol, pornographique :

 » […] mais tu t’obstines à lutter, tu te contractes, tu lances tes bras au- dessus de ma tête et, dans un éclair, tu écartes tes cuisses pour les refermer comme des tenailles monstrueuses qui voudraient me séparer de moi- même. »

Ou bien serait -ce plutôt de brasse dont on parle.

Alors tout est joué. Mais que s’est- il passé ?

Libération, ou abandon de la lutte ?

Elle s’est noyée, et s’est aussi faite posséder par son amant. Le fleuve et l’amant, au final se confondent, pour un même résultat, sa mort. Sentimentale, car elle aime et est incomprise, et physique, car elle devient un fait divers.

Sauf que ce n’est pas logique. Ni possible. Elle est contre lui, dans son lit et ses draps dans la chambre, et aussi exposée aux yeux des badauds, contre lui, sur le quai.

Cortazar! Ah, surprise! Ah, les sentiments distillés par chaque mot et le rythme de cette nouvelle. L’incompréhension est le terreau de la réflexion, une source pour l’imagination.

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A propos Erick

INFP, en transition : écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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2 commentaires pour Le Fleuve (Julio Cortazar, recueil « Fin d’un jeu »)

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