Nous l’aimons tant, Glenda (Julio Cortazar, recueil « Nous, l’aimons tant, Glenda »)

« Vraiment on ne pouvait pas s’en douter que nous étions si nombreux, par- delà les publicités, les queues interminables, les affiches et les critiques, si nombreux à aimer Glenda. »

Glenda Jackson/ Garson ?

Cortazar raconte son admiration pour Glenda Jackson, actrice de cinéma sur le retour.

Dans cette nouvelle, le cercle des nostalgiques de Glenda Garson grossit au fil des sorties au cinéma des films de Glenda.

D’un cercle d’admirateurs, un groupe amoureux de Glenda se forme, et s’organise.

« […] Diana Rivero jouait lentement son jeu d’échecs d’accueils et de refus qui nous assurait une authenticité absolue, nous protégeant des arrivistes ou des têtes folles. »

« En ce temps- là, les réunions étaient Glenda et rien que Glenda, son éblouissante ubiquité en chacun de nous, et nous ne connaissions ni réserves ni doutes. Ce n’est que peu à peu, et, au début, avec un sentiment de culpabilité, que certains se risquèrent à des critiques de détails […] »

« Nous savions bien que Glenda n’était pas responsable […] »

Corriger les films du passé

Au fil du temps le groupe se radicalise :

« Diana fut la première à parler de mission, elle le fit à sa manière, par allusions, se gardant bien d’annoncer ce qui comptait vraiment pour elle, et il lui vint une allégresse de double whisky, un sourire comblé quand nous avons fini par admettre que c’était vrai, nous ne pouvions pas nous borner à ça, cinéma, cafés et amour fou pour Glenda. »

Le premier acte du groupe consiste à acquérir les copies des vieux films de Glenda, pour changer les scènes qui, selon eux, ne lui rendent pas justice. Néanmoins, ce ne sont que des détails mineurs, d’où l’inaperçu de la chose lors de la remise en circulation des copies.

« [quand nous vîmes la vrai fin], Glenda qui, au lieu de revenir chez Romano, conduisait sa voiture vers la falaise et nous déchirait avec sa splendide, nécessaire chute dans le torrent, nous sûmes que la perfection pouvait être de ce monde et qu’à présent elle était Glenda pour toujours, Glenda pour nous pour toujours. »

La limite est franchie

« [… nous aimions tant Glenda que les résultats étaient toujours justifiables et souvent au- delà de toutes prévisions. »

Et voilà. Le groupe fanatique en arrive au point où tous ses actes trouvent justifications. Des querelles intestines semblent condamner le groupe, mais, au contraire, les dissensions les rapprochent encore.

Élément nouveau

« Nous en arrivâmes ainsi au jour où nous eûmes  les preuves que l’image de Glenda était projetée à présent sans la moindre faiblesse; les écrans du monde entier la donnaient telle qu’elle- même – nous en étions sûrs– eût voulu se voir, et c’est pour cela peut- être que nous ne fûmes pas outre mesure étonnés d’apprendre par la presse qu’elle annonçait sa décision de se retirer de la scène et de l’écran. »

Le groupe se plait à penser que ses choix sont les mêmes que son idole.

Passage à l’acte

Passée l’exaltation de se réunir pour célébrer sa passion. Passé les efforts pour faire correspondre l’objet de leur amour avec l’image qu’ils en avaient. Le groupe, certain d’avoir immortalisé Glenda dans un cadre parfait, découvre son désir de renouer avec l’écran.

Mais comme toute perfection est une image figée à jamais, inerte, inanimée, paralysée dans le temps, elle ne supporte pas le mouvement, qui ne pourrait pas contribuer à l’élever plus haut, étant déjà au plus haut point. Toute nouvelle action n’est que le signe de déchéance.

Nous l’aimions tant, Glenda, que nous lui offrions une dernière perfection inviolable. »

Mon avis

Cette nouvelle est en écho des bacchantes des Ménades. Passion mortifère, qui consume son origine.

Ce qui illustre comment l’amour conduit au meurtre. Ici, ce n’est pas la jalousie, la trahison provient de la volonté de Glenda de poursuivre sa carrière artistique, alors que ses fanatiques ont déjà arrangé de la faire parvenir au stade d’icône, parfaite et inviolable.

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A propos Erick

INFP, en transition : écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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3 commentaires pour Nous l’aimons tant, Glenda (Julio Cortazar, recueil « Nous, l’aimons tant, Glenda »)

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