Histoire avec des mygales (Julio Cortazar, recueil « Nous l’aimons tant, Glenda »)

En Martinique, au Diamant, deux personnes s’installent dans une résidence de vacances.

Venues se retirer au calme, le quotidien solitaire est contrasté par les chuchotements nocturnes, du bungalow voisin.

Leur curiosité ravive leur passé, à Delft, et progressivement leur comportement se fait plus animal, plus fauve, plus prédateur.

Les vacances

Deux personnes viennent se retirer, en vacances, dans un bungalow isolé, de l’hôtel du Diamant.

« Nous dévalons le sentier escarpé et découvrons même un raccourci au cœur des taillis qui nous permet de gagner du terrain; une centaine de mètres à peine sépare la mer des bungalows sur la colline. »

Durant tout le récit, aucune allusion à leur identité ne filtre. Impossible de savoir s’il s’agit d’un couple, d’amis, d’hommes ou de femmes.

Leur anonymat s’accorde à leur volonté d’être isolé. Cependant, des chuchotements leur parviennent, d’un bungalow voisin.

« Des voix chuchotantes, en rien semblables aux voix martiniquaises pleines de couleurs et de rires. Çà et là quelques mots distincts :  de l’américain, des touristes à coup sûr. »

Maldives, Angaga by xyz_man007, on Flickr

Crédit : xyz_man007, on Flickr – http://www.flickr.com/photos/roulin/2404449986/

Malgré cette impression de solitude gâchée, la plage et le climat les aident à se relaxer.

Rapidement, les personnages évoquent leurs souvenirs, qu’ils essaient de laisser reposer, raison de leur isolement ici.

« Nous ne sentons pas encore la montée des souvenirs, ce besoin d’inventorier le passé qui s’accentue avec la solitude et l’ennui. C’est justement le contraire : barrer toute référence aux semaines écoulées, les rencontres à Delft, la nuit dans la ferme d’Erik. Dès que cela revient, nous le chassons comme une bouffée de fumée, geste léger de la main qui assainit l’air à nouveau. »

Voisinage et espionnage

Sur la plage, les protagonistes se plaisent à imaginer que les deux femmes qu’elles aperçoivent sont les occupantes du bungalow mitoyen. Dans la soirée, les murmures voisins leurs sont prêtés.

Souvenirs des mygales

Durant la nuit, les personnages rêvent de proies prisonnières de leur toile d’araignée. Un rêve en écho aux souvenirs, visiblement mêlés de plaisir et de mort.

« Nous nous racontons des rêves dans lesquels larves, menaces imprécises et exhumations malvenues mais prévisibles tissent leurs toiles d’araignée ou nous les font tisser nous- même. »

« Curieusement, penser à Michael, au puits de la ferme d’Erik, ne nous émeut pas[…] »

La narration incomplète de leur souvenir à Delft, prête à penser que ce sont des femmes, qui comme des veuves noires, allient plaisirs charnels (Michael) et violence ou mort (le puits, pour cacher le corps ?).

Mais cela ne semble pas les atteindre, et semble fréquent. Leur évasion, leurs vacances, sont façon de se débarrasser de leurs tourments. J’imagine alors que ce sont elles, les mygales, prenant plaisir à dévorer leur proie, ici un unique homme, pour elles deux.

« plaisirs et délices », « Michael nu sous la lune »

Tisser la toile de l’intrigue

« Sans savoir pourquoi nous nous obstinons à faire coïncider les deux jeunes filles de la plage avec les voix venant du bungalow, et maintenant que rien ne  fait penser à la présence d’un homme auprès d’elles, le souvenir de la nuit précédente se précise et vient s’ajouter aux autres rumeurs troublantes […] »

Alors que les « mygales » personnifient les murmures voisins, elles se prennent à revêtir leurs habitudes, et guettent chaque bruit, à l’affut d’une voix masculine, qu’elles espèrent.

« Les deux voix alternent, s’arrêtent, reprennent. Pas de voix d’homme, même en parlant ainsi tout bas nous la reconnaîtrions. »

« […] sans l’admettre ouvertement, nous sommes à l’affût de la voix masculine, tout en sachant qu’aucune voiture n’a gravit la colline et que les autres bungalows sont toujours vides. »

Patience, délivrance

Les « mygales » attendent. Que les deux filles de la plage viennent à leur rencontre. Aucun homme ne vient dans le bungalow voisin, à leur désespoir. Elles constatent alors que malgré l’éloignement de Delft, elles conservent les mêmes attitudes.

Après le départ des filles, qui étaient bien au bungalow voisin, elles explorent le lieu abandonné. Elles imaginent leur comportement dans le bungalow, jusqu’à constater que le domaine est solitaire, et qu’elles sont les seules occupantes. A demi- mot, se suggère qu’elles ont commis quelque acte irréparable par le passé, d’où leur fuite constante,

Elles cessent alors de se voiler leur nature profonde. Dans un lieu isolé, désert, leur attente paye, et une sorte de magie semble attirer leur proie, un homme seul, qu’elles vont abuser puis dénaturer.

« […] revenu comme la fait le visiteur des jeunes filles, comme Michael et l’autre, revenant comme des mouches, revenant sans savoir qu’on les attend, qu’ils se rendent, cette fois- ci, à un rendez- vous autre. »

La scène finale est déroutante. Comme par le passé, elles vont fondre sur leur proie. Mais il n’y a pas de détail. Comment savoir ce qu’elles ont prévues? Tout est suggéré

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A propos Erick

Diététicien, INFP, yogi coincé, coureur amateur. Buts: écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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Un commentaire pour Histoire avec des mygales (Julio Cortazar, recueil « Nous l’aimons tant, Glenda »)

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