Cou de petit chat noir (Julio Cortazar, recueil « Octaèdre »)

Dans le métro parisien, Lucho touche de la main les mains de jeunes femmes qui lui plaisent, elles aussi accrochées aux barres du wagon.

Cette fois- ci, c’est elle qui initie ce jeu de séduction. Alors il la suit, quand elle descend, pour achever de faire connaissance.

Mais voulait- elle réellement batifoler avec ses doigts? Était- elle sérieuse, en prétendant ne pas vouloir ce que font ses mains ? Le fantastique inattendu, soudain, au rendez- vous, tapis dans l’ombre, surgissant, impromptu.

Le jeu du métro

Lucho est un pervers, comme on en voit dans les dessins animés japonais, dans les wagons de tramway bondés. Mais ce ne sont pas des seins, ni des fesses, qu’il tripote. Plus innocemment, ce sont les mains de rousses et de blondes qu’il caresse, touche, chevauche de la sienne.

Innocemment? C’est clairement une relation qu’il recherche par là, avec la femme qui lui plait, voisine de métro, accrochée à la barre, dans un wagon bondé. Cependant, il s’agit plutôt de communiquer, d’échanger avec elle, un prétexte.

Dans Manuscrit trouvé dans une poche, le jeu consistait à faire connaissance, puis tenter de retrouver par hasard celle qu’il avait rencontré. Ici, il s’agit juste d’essayer de communiquer avec celle qui lui plait.

Dialogue à deux mains

« -Il n’y a rien à faire, répéta la fille. Elles ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre, je ne sais pas, mais il n’y a rien à faire.
Elle avait l’air de parler à son gant, regardant Lucho mais sans le voir, parlant au petit gant noir presque invisible sous le grand gant marron. »

Cette fois, Lucho n’a pas l’initiative. Une antillaise se jette sur sa main, mais ne semble pas être responsable, comme si elle ne contrôlait pas sa main. Le dialogue est amusant pour Lucho, qui prétend comprendre la jeune fille, mais elle reste sérieuse, car elle semble convaincu de ses dires.

Elle descend et Lucho lui emboîte le pas, prétextant un café, qui sera pris chez elle, au final.

« -Nous pourrions nous faire un Nescafé, ce serait mieux que d’aller dans un bar, je crois.
-Oh oui, dit Lucho, et maintenant c’était ses doigts qui se refermaient lentement sur le gant comme on serre le cou d’un petit chat noir. »

Répit

La rencontre évolue telle qu’attendu, dans l’appartement de Dina.
On la croit nymphomane, ou obsédée, car personne ne peut se convaincre de son inaptitude à contrôler ses mains.

Mais tout semble normal, un instant elle perd sa cigarette, comme si faire l’amour avait ravivé le pouvoir des mains, mais ce n’est que passager.

Chat noir dans le noir

Alors qu’elle perd le contrôle de ses mains, il la calme en s’unissant encore, et là, dans le noir, le texte devient haletant, entrecoupé de dialogues soutenant l’effroi de Dina d’être dans l’obscurité tombée dans l’appartement.

S’éloignant au fil des allumettes qui n’éclairent que partiellement, en quête d’une bougie, Dina laisse seul Lucho, qui cherche aussi de son côté, jusqu’à ce que le titre de la nouvelle prenne sens.

« […] il tomba à la renverse sur le tapis, et se traîna sur le côté, sachant ce qu’il allait arriver, un vent chaud sur lui, le buisson d’ongles contre son ventre et ses côtes, je t’ai dit, je t’ai dit que c’était impossible, qu’il fallait allumer la bougie, cherche la porte tout de suite, la porte. »

Épilogue

Lucho s’enfuit alors, poursuivi par Dina, qui s’écrase sur la porte. Il reste alors nu sur le pallier.

Alors qu’une voisine appelle la police, Lucho raconte comment il vit les évènements, comment il tambourine à la porte en espérant que Dina se relève, assommée qu’elle doit être, et il imagine que la police qui vient le récupérer, en fera de même pour elle.

Et si son calvaire était fini? Si elle avait été terrassée par son coup sur la porte? Rien ne permet de le savoir. Il vit tristement les évènements, persuadé de pouvoir s’accommoder de Dina, et qu’elle aussi, va y perdre.

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A propos Erick

Diététicien, INFP, yogi coincé, coureur amateur. Buts: écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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2 commentaires pour Cou de petit chat noir (Julio Cortazar, recueil « Octaèdre »)

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