Les poisons (Julio Cortazar, recueil « Fin d’un jeu »)

L’oncle Carlos apporte une machine à tuer des fourmis.

Le héros, rêveur, l’incorpore dans ses jeux, son imaginaire, jusqu’à voir la réalité des choses, et c’est la fin d’un jeu, continuer à se voiler la face, à faire comme si.

Le style

Nouvelle de Cortazar surprenante. Pas de fantastique, bien que faisant suite à N’accusez personne dans le recueil. Ce qui est étonnant,  c’est le style de la nouvelle.

Progressivement, on comprend qu’un jeune garçon, un collégien, est le narrateur. Mais ce récit s’apparente au journal intime.
Plusieurs indices le laissent supposer :

  • structure des phrases simple, courte, développant une seule idée à la fois, et sans sens implicite;
  • la construction du récit est linéaire, suit le mode de narration des enfants, étape par étape, dans un temps unidimensionnel, sans retour en arrière, vers le passé;
  • les passions du narrateur expriment son introversion : rêver, les timbres, le jardinage, rester seul pour penser.

Le cadre de l’histoire

  1. Développement de la vie quotidienne
  2. Usage de la machine à tuer les fourmis : fantastique pour le narrateur : il peut aller dans les jardins des voisins, et donc rejoindre Lila, sa voisine.
  3. Arrivée du cousin, qui devient le centre du monde du narrateur
  4. Incident
  5. Usage de la machine pour se venger et retour à la rêverie

Arrivée du cousin Hugo

C’est la perte du rôle de roi de l’univers du garçon, puisque dès lors, tout tourne autour de Hugo, et s’accomplit selon sa volonté :

  • Hugo est malade (pleurésie), donc impossible d’utiliser la machine;
  • la sœur du garçon est amoureuse de son cousin;
  • Hugo connaît tout mieux que personne;
  • les voisines aussi en sont amoureuses;
  • les jeux sont décidés selon les préférences de Hugo, et selon ses règles.

Révélation de la psychologie du narrateur

Il est introverti

Comprenez qu’il est énergisé par la réflexion en solo.

« J’aimais rester seul parfois et, dans ces moments- là, je ne souhaitais même pas la présence de Lila. »

Il est intuitif

Il fait des liens entre des éléments dont il prend conscience, pour percevoir la logique générale sous- jacente.

« Je pensais à beaucoup de choses mais surtout aux fourmis, depuis que j’avais vu comment les fourmilières étaient faites, je pensais aux galeries qui s’étendaient et se ramifiaient un peu partout sous terre et que personne ne voyait. Comme les veines dans mes jambes qu’on distinguait à peine sous la peau mais qui étaient pleines de fourmis et de mystères qui allaient et venaient en tous sens. Si on avalait un peu de poison ça devait faire le même effet que la fumée de la machine, le poison se répandait dans les veines du corps comme la fumée sous terre, il n’y avait pas grande différence. »

Il est empathique

Il essaie de partager la douleur ressentie par les autres.

Lila se blesse :

« C’est justement une de ces fois- là que Lila a trébuché sur une pierre et s’est fait mal au genou. Pauvre Lila […] et je pensais à sa mère qui était si sévère […] »

Perturbé par la douleur de Lila, il dort mal, et décide de lui faire un cadeau pour lui exprimer son amour.

« je n’arrêtais pas de penser à Lila qui allait se faire gronder par sa mère[…] »

« Et Lila qui pensait peut – être à nous en ce moment, seule dans sa maison[…] pendant que je m’amusais avec la plume de paon et les timbres. Il valait mieux ranger tout ça et penser à la pauvre Lila si courageuse. »

« J’ai creusé doucement avec ma bêche tout autour du jasmin, qui était la plus belle chose que je possédais, et je suis arrivé à le sortir de son trou avec toute la terre collée à ses racines. »

Et il lui offre le jasmin.

Aperçu de la réalité

Départ de Hugo. Pincement au cœur à propos de son absence, mais soulagement car sa maladie empêchait d’utiliser le poison pour fourmis.

« Au fond, il valait mieux être seuls, lui et moi, si jamais Hugo s’était empoisonné … « 

Avant de partir, Hugo passe chez Lila lui dire au revoir, comme Lila ne peut pas venir.

« […] et pourquoi est- ce qu’elle ne restait pas jusque à son départ? mais Lila a dit qu’elle ne pouvait pas et elle est partie en courant sans même dire au revoir. Aussi Hugo a-t il été obligé d’aller chez eux pour prendre congé d’elle et de sa mère et quand il est revenu nous embrasser il était tout content et il a dit qu’il reviendrait à la fin de l’autre semaine. »

Retour à la machine à poison. Hypothèse :  elle tue aussi les plantes, formulée par un voisin qui a perdu ses salades.

Cette fois, c’est le narrateur qui bouche tous les trous. Quand il va chez Lila, il découvre la vérité.

« […]comme elle tardait, j’ai regardé son livre […] et j’ai été étonné de voir qu’elle avait, elle aussi, dans son livre une plume de paon très belle et qu’elle ne m’en avait jamais parlé. »

« C’est pourquoi j’ai failli ne pas comprendre ce qu’elle me disait lorsqu’elle m’a répondu, en devenant toute rouge, que c’était Hugo qui la lui avait donnée le jour de son départ. »

Épilogue

Le narrateur apprend que ses amours ne sont pas partagés. Hugo, son cousin qui le surpasse, est dans le cœur de Lila.

Il s’agit de détruire le symbole de son amour.

Le titre ne s’adresse pas qu’à l’insecticide, sans quoi ce serait « le poison ».
Le poison, c’est l’insecticide pour les fourmis.
C’est aussi le désherbant pour les légumes.
Et enfin, un rival qui détruit sa romance possible.
Ce sont les poisons, dévoilés dans le récit, et qui se lient tous, à la fin, à la machine.

La plante offerte était ce qu’il avait de plus beau et de plus cher. Mise en contraste dans le récit avec la plume de paon de Hugo, propre et pouvant se trouver dans un livre, sa plante ne peut rivaliser, couverte de boue, de terre, qui saura la faire grandir.

Il intensifie la fumée insecticide afin de tuer les racines de la plante, sous couvert (ce qu’il se raconte) de tuer toutes les fourmis. Son action symbolise l’acceptation de la mort de ses sentiments pour Lila, qui ne peuvent s’épanouir, car Lila en aime un autre, qui revient la semaine suivante.

Publicités

A propos Erick

INFP, en transition : écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
Cet article, publié dans nouvelle, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Les poisons (Julio Cortazar, recueil « Fin d’un jeu »)

  1. Ping : Fin d’un jeu, de Julio Cortazar | Du thé sur le canapé

  2. Ping : Julio Cortazar : Jeux (« Nouvelles, histoires et autres contes  # 2) | «Du thé sur le canapé

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s