Vous vous êtes allongée à tes côtés (Julio Cortazar, recueil « Façons de perdre »)

Qu’y a- t- il à perdre dans cette nouvelle, cette fois- ci?

Perdre la lecture évidente, et se contraindre au jeu du narrateur, d’utiliser le « vous » pour désigner « maman » et « Denise », deux facettes de cette personne qui a un fils, désigné par « tu » dans la nouvelle.

Mais qui raconte ? Roberto ou  Denise ?

Cortazar, par ce jeu d’écriture, ravive l’intérêt d’une phase du quotidien.

Dé-personnification

Cortazar se livre au jeu de désigner les personnages d’une manière particulière, qui souligne la perception des personnages par le narrateur :

  • « Vous » désigne la mère de Roberto, tantôt sa « maman », quand il réagit comme un enfant, tantôt son amie, sa confidente, presque sa pair, quand il la dénomme « Denise »;
  • « Tu », c’est Roberto, un adolescent, accompagné de sa mère, en vacances à la plage, mais sans doute aussi le narrateur, qui alors regarderait les personnages avec distance.

Une histoire simple

Roberto et sa mère son en vacances à la plage. Roberto et Lilian sont ensemble, mais comme ils sont adolescents et que ce serait leur première fois, ils ne savent pas s’y prendre.

La mère parle au fils, et voyant qu’il n’est pas encore prêt, va acheter des préservatifs pour lui. Partant de la maison, le fils s’imagine qu’après, leur relation mère- fils sera changée, qu’il ne sera définitivement plus le petit garçon à qui elle prodigue ses attentions, qu’il devra assumer son indépendance.

Mais il n’est pas prêt, la mère non plus. Et si tout n’allait pas changer? Et si un retour en arrière était possible? Et si il pouvait retrouver cette relation avec sa maman, et si elle voulait encore le considérer comme son petit chiot chéri, le materner?

Lilian arrive et le rideau se baisse.

Derrière le jeu narratif

Vous=dualité mère/copine (maman/ Denise).

Tu =autre distant, en qui le narrateur ne peut se reconnaître.

Les autres=pas de modification dans le mode de description.

Vous/Tu= moyen de décrire le statut ambivalent de l’adolescent, entre deux mondes, symbolisés par la dualité de sa mère, qui renvoie Roberto à sa propre dualité, le bébé qu’il n’est plus, l’homme qu’il devient.

Vous=hésitation

Hésitation, qui exprime son envie d’être chouchouté par sa maman. Mais s’oppose à ses désirs sexuels pour Lilian, qui vont de pair avec son besoin d’individualisation, d’affirmation en tant qu’indépendant et égal de Denise.

Épilogue : une hésitation infinie

Mais est- il inévitable qu’il cesse d’être le bébé, qu’elle cesse d’être maman ? La nouvelle conclut que Roberto n’est pas obligé de cesser d’avoir les mêmes relations qu’il avait avec sa maman, qu’il peut revenir à cet état d’esprit, et qu’elle aussi pourrait le vouloir.

Cependant, Lilian met un frein à cette pensée, circonscrit la limite, en s’asseyant entre eux. Comme pour symboliser l’amour, le désir sexuel, qui, assurément mettrait une séparation définitive entre Roberto et Denise, reléguant à l’oubli le bébé et sa maman.

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A propos Erick

INFP, en transition : écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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Un commentaire pour Vous vous êtes allongée à tes côtés (Julio Cortazar, recueil « Façons de perdre »)

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