L’imaginarium du Docteur Parnassus, de Terry Gilliam

Affiche du film

Crédit amazon.fr- affiche du film

Le dimanche 30 décembre 2012, j’ai vu ce film sur FRANCE 2. Un vieux saltimbanque permet aux badauds de voyager dans leur propre imaginaire.

Mais le diable, qui lui a donné ce don, rôde …

On découvre, en introduction, la scène en un acte, sans cesse rejouée au fil du film :

  1. Le théâtre du docteur est présenté, et l’essentiel se joue derrière le miroir magique.
  2. Passé le théâtre en carton pâte, le badaud pénètre dans son imaginaire.
  3. Ému, il doit finalement choisir entre ses passions destructrices, ou ses défauts, et la rédemption.
  4. C’est là que le rôle de guide prend fin pour l’employé du docteur. Le client choisit, au risque d’y perdre la vie, et son âme …

Le diable

Dans le film, le diable, Mr Nick (Tom Waits) ne cesse de tenter le docteur (Christopher Plummer) par son point faible, le goût du jeu, qui l’amène à choisir, par arrogance, la vie éternelle.

Traversant les époques, le docteur doit s’adapter, non sans mal. Il découvre alors l’envie d’une existence humaine, dont il s’était préservé dans son monastère, au tout début, alors qu’il pensait, de par ses pouvoirs psychiques, être investi d’une mission céleste.
Découvrant l’amour, il abandonne son immortalité, se faisant duper de nouveau par le diable.

Alors que la fatalité est installée dans l’histoire, le diable propose de pimenter le jeu par un nouveau pari. Le docteur pourra sauver l’âme de sa fille, s’il s’arroge 5 âmes. Mais il ne reste que 3 jours avant ses 16 ans, et c’est aussi une façon pour le diable de récupérer des âmes avec l’aide du docteur.

Le diable, à la toute fin du film, révèle son caractère d’adversaire : son objectif n’était pas de gagner le prix (Valentina), mais de perturber le docteur par les rebondissements du jeu.

« Merde! J’ai gagné. »

Le pendu

Alors qu’il ne reste que 3 jours avant les 16 ans de Valentina, le docteur se décide à la préparer à son fatal destin, en lui contant son histoire, depuis sa rencontre au monastère avec Mr Nick. Récit interrompu (plusieurs fois dans le film) par la découverte d’un pendu.

Sauvé de la mort, celui- ci intègre la troupe.
Ambivalent, cachant son passé trouble, ce dernier provoque un sinistre dans le théâtre ambulant, avant d’en impulser la métamorphose. Le pendu, dans le tarot est un symbole ambivalent, comme l’est Tony. Chance ou handicap, cela dépend du sens de la carte.

Au cours de ses incursions derrière le miroir magique, Tony (Heath Ledger) revêt de multiples visages (Johny Depp, Jude Law, Collin Farrel), symboles de sa duplicité.

Le nain

Le docteur : »Que ferai- je sans toi ? »
Le nain : « Vous achèteriez un nain! »

Présent depuis le monastère, le nain semble être l’éternel compagnon du docteur. Faisant partie de la troupe, et suivant les directives, il semble pourtant être son guide, comme une conscience.

Il est le cocher du convoi, et ponctue les interventions du docteur de sentences les nuançant. Il semble être son seul confident.

Le docteur semble balloté entre le nain, qui le garde sur le droit chemin, et Mr Nick, qui est force de propositions vénéneuses.

Alors que le docteur Parnassus est le seul à demander l’immortalité, puis y renoncer, le nain semble intemporel. Comme s’il était plus, une présence céleste à la mesure de Mr Nick, pour équilibrer les choix du docteur.

L’amoureux

Le jeune homme (Andrew Garfield) du convoi symbolise la jeunesse naïve, fougueuse, immaculée. Amoureux de Valentina, il souhaite s’enfuir avec elle, et n’aura de cesse de tenter de briller à ses yeux.

Il représente l’innocence, alors que Tony est le ver qui gangrène l’ambiance. Si Tony leur apporte fortune, c’est au renoncement de leur authenticité. Les saltimbanques se travestissent pour mieux tromper. Cette perte d’honnêteté influence Valentina, qui semble y perdre son innocence, au désarroi du diable.

La fille

Dans chaque imaginaire, ou juste avant, elle est représentée par une fée, un elfe des bois, un ange. C’est le prix à gagner, pour le diable, et pour chaque homme.

Mais Tony achève de la séduire en se parant des atours qu’elle espérait trouver. La belle est séduite, et déjà rêve de mariage et de famille. Son rêve déçu par Tony, elle décide d’achever l’issue du pari entre Mr Nick et le docteur, qui lui a dit qu’elle était son erreur.

En fait, par là, le docteur voulait lui dire qu’il n’avait pas envisagé avoir d’enfant, ni perdre contre le diable. Mais le mal est fait, et la fille, adolescente rebelle, décide de cesser d’être tributaire des souhaits et actes d’autrui, pour arracher sa vie au destin, au hasard, et faire ses propres choix, même s’ils sont néfastes pour elle- même.

Mon avis

Un film que j’ai longtemps attendu (faute à la pauvreté de la sélection du cinéma des environs), et qui révèle de nouveau Terry Gilliam en réalisateur de talent, même dans un cadre sale de saltimbanques qu’il parvient à rendre magique.

Le monde imaginaire est féérique, mais la prouesse de la réalisation tient aux décors (la scène transformable en carriole, ou l’inverse), au choix des scènes qui rappellent les ruelles de Paris (même si l’on est à Londres ou Vancouver pour le tournage!).

Le luxe est symbole de mensonges, et le diable y est attablé sans dénoter dans le décor. En contrepoint, la banalité des décharges désaffectées où la troupe fait halte est authentique. Les scénettes sont données en premier lieu au peuple, au hasard des rues, c’est- à- dire aux quidams au sortir de boîtes de nuits, aux gens communs qui peuvent trouver le bonheur le temps du séjour de l’autre côté du miroir.

Le spectacle, simple et délabré, a de la valeur pour les pauvres hères, que la troupe espère attirer.

Au contraire, sous la verrière luxueuse, ce spectacle n’est rien, et il faut flatter, donner de l’importance aux bourgeoises, pour les convaincre d’y participer, même gratuitement.

Ce film aurait pu ne jamais voir le jour, car Heath Ledger est mort avant la fin du tournage. Mais la participation d’autres acteurs, pour les scènes derrière le miroir magique, n’handicappent pas la narration, trouvant une signification logique quant au caractère du personnage.

 

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A propos Erick

Diététicien, INFP, yogi coincé, coureur amateur. Buts: écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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