La santé des malades (Julio Cortazar, recueil « Tous les feux le feu »)

 

Comme pour Liliana pleurant, Cortazar place la maladie comme élément conditionnant l’action.

Mais cette fois, la mauvaise santé est inéluctable, et c’est la volonté de ne pas rajouter de la douleur à la maladie de la mère qui pousse les personnages toujours plus loin dans la duplicité et la déformation de la réalité.

Les malades

Tout d’abord, il faut s’interroger sur le titre.
« Santé » et « malades » étant antinomiques, j’ai d’abord pensé qu’il s’agirait d’une nouvelle où les malades guériraient ou le contraire.

En fait, la nouvelle joue sur la difficulté de la famille d’occulter à la matriarche la santé délétère de membres de la famille.

Ainsi, cette nouvelle n’est pas sans rappeler le film « Goodbye Lénine », où la mère du héros, à la santé fragile, atteinte d’une maladie incurable, était préservée à tous prix de la vérité : la chute du mur de Berlin (alors qu’elle était pro communiste). Le film débouchait sur l’apothéose: la victoire (inventée) des communistes sur les capitalistes.

La malade incurable qui importe

La mère, à la santé fragile, doit être protégée de tout évènement susceptible de lui provoquer un choc.

Aussi, lorsque sa sœur, Clélia, tombe malade, c’est tout naturellement qu’elle fait semblant de n’être pas si mal en point.

Il faut dire que les fils et l’oncle ont l’habitude de mentir, depuis qu’Alexandre, le fils prodige, est mort dans un accident. Au point que même sa veuve vient rendre visite pour jouer le jeu.

« L’idée de préparer maman, d’insinuer qu’Alexandre avait eu un accident et qu’il était légèrement blessé ne leur avait même pas effleuré l’esprit, surtout après que le docteur Boniface eut parlé de précautions à prendre. »

« […] et Pepa qui ne quittait pas maman ne put même pas voir le cercueil[…]. »

L’escalade des mensonges

La famille est obligée de ne pas faire son deuil, en animant sans cesse Alexandre au travers de courriers qu’ils écrivent afin que la mère reçoive de ses nouvelles, étant convenu qu’il fut parti à l’étranger brusquement pur y travailler.

« Le seul problème était les visites de Marie- Laure parce que maman, bien sûr, revenait toujours à Alexandre, elle voulait savoir s’ils se marieraient quand il reviendrait de Recife ou si ce fou de fils allait accepter un autre contrat aussi loin et pour longtemps. »

La fiancée du défunt finit par ne plus avoir la force mentale nécessaire pour discuter de son aimé comme s’il était en vie, et s’éclipse du domicile familial.

Ils sont contraints d’inventer un examen professionnel qui occupe Marie- Laure, ce qui tracasse la mère. Qui s’étonne aussi de ne plus voir sa sœur.

Très vite, la santé de Clélia se désagrège. Elle est évacuée à l’hôpital. Quand ils comprennent que sa santé ne s’améliorera pas, ils amènent la mère vers une minimisation de son état :  Clélia est en centre de repos et reviendra bientôt.Cependant, Clélia meurt elle aussi.

  • « Je me demande quand Clélia va revenir, dit maman.
  • Mon Dieu, pour une fois que la pauvre se décide à te quitter et à prendre des vacances…
  • Oui, mais vous avez dit que ce qu’elle avait n’était pas grave. »

La suspicion

La mère finit par comprendre qu’une fois partis, elle ne peut plus revoir ni Clélia ni Alexandre.

 « Mais enfin, maman, puisque tante Clélia n’a rien. »

« Mais combien de fois faut- il te répéter que tante Clélia n’est pas gravement malade ? »

Alors elle commence à se désintéresser de la lecture des lettres d’Alexandre, auquel elle laisse la famille formuler les réponses écrites.

De même, elle cesse de demander des nouvelles de la ferme où tante Clélia se repose.

Épilogue

En toute fin de nouvelle, on assiste à deux coups de théâtre :

  • la mère finit par s’éteindre, non sans avoir indiqué par une sentence pleine de sous entendus, qu’elle savait, et qu’elle remercie la famille d’avoir fait tous ces sacrifices pour elle.
  • la famille peut enfin faire son deuil d’Alexandre et de Clélia. Mais ils n’arrivent pas à se faire à l’idée, comme pour « Lettres de maman », qu’il faut arrêter la mascarade, qu’elle n’a plus lieu d’être.
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A propos Erick

INFP, en transition : écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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