Maison occupée ( Julio Cortazár, recueil « Bestiaire »)

Les habitants d’une maison se font peu à peu déloger, les pièces devenant inaccessibles …

Un frère et sa sœur vivent seuls dans la maison familiale. Propriétaires terriens, il ne leur est pas nécessaire de travailler, aussi leur quotidien consiste à entretenir cette trop grande demeure de leurs ancêtres.

« Nous finirions par y mourir un jour ou l’autre et de vagues et fuyants cousins en hériteraient et la feraient démolir pour s’enrichir avec les vieilles briques et le terrain, à moins que nous ne la démolissions nous- mêmes, en toute justice, avant qu’il ne soit trop tard. »

Ce passage humoristique m’a fait penser à un haïku (vu sur le site d’André Duhaime) :

Tout a brûlé
heureusement, les fleurs
avaient achevé de fleurir.
Hokushi

Les deux habitants vivent maritalement dans une maison trop grande pour eux :

  • une aile avec trois chambres, la bibliothèque, la salle à manger,
  • une autre avec la salle de bain et la cuisine,
  • et leurs quartiers, proche de l’entrée, donnant sur le salon et la chambre de chacun, de par et d’autre.

Fort heureusement, la disposition permet de scinder la maison en deux parties indépendantes.

Un soir, soudain, alors qu’il allait vers la cuisine, il entend un bruit se propageant dans l’aile isolée de la maison, qu’il parvient à sceller juste à temps. La narration donne l’impression que les pièces touchées par le bruit sont contaminées, mais par qui? Par quoi?

« J’ai dû verrouiller la porte du couloir. Ils ont pris l’aile du fond. »

Le changement est délicat, mais très vite ils s’organisent afin de trouver de nouvelles habitudes de vie dans cette maison réduite à leurs chambres, la cuisine, le séjour et la salle de bain.

Soudain, de la même façon, un autre soir, ils perdent l’aile de la salle de bain et de la cuisine (jouxtant le salon et les chambres), envahie par les bruits.

« Les bruits grandissaient sans se préciser derrière nous. Je refermai la porte brutalement et nous nous retrouvâmes dans l’entrée. On n’entendait plus rien. »

Mon avis

Cette nouvelle, assez courte, est pourtant d’une rare efficacité. Le cadre est posé, les évènements accourent sans que les personnages n’aient le temps de s’habituer au changement.

Il y a de l’ambiance du film d’Alejandro Amenabar, « Les Autres », où, dans la pénombre, l’héroïne (Nicole Kidman) était contrainte au rituel visant à se barricader derrière des portes, à l’abri de la lumière.

La fin de la nouvelle arrive, prenant au dépourvu à la fois les personnages et le lecteur. Tout est perdu pour eux, comme tout était dans la maison, et leur vie y était organisée, et pour le lecteur, rien n’est dévoilé sur la nature de l’occupation…

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A propos Erick

INFP, en transition : écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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2 commentaires pour Maison occupée ( Julio Cortazár, recueil « Bestiaire »)

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