Le tour du jour en quatre- vingts mondes, de Julio Cortazar

 

Première de couverture

Crédit : amazon.fr

Le tour du jour en quatre-vingts mondes est un recueil de textes courts illustrés, quoique l’image se départisse difficilement du texte. L’image et le texte sont complémentaires.

Ce recueil fait une allusion au Tour du jour en quatre- vingts mondes de Jules Verne.

Thème pour Saint Georges

C’est le calvaire de Dupont, aux prises avec un monstre, fait de l’ambiance de son travail, qui l’horripile. Il est obligé de travailler, et cela l’insupporte, car dès son arrivée au nouveau lieu de travail, un monstre d’habitudes, de discussions de bureau, de blagues, de papiers à remplir, d’odeur de café l’assaille.

Mais Cortazar révèle en fin de nouvelle que le monstre est insupportable pour Dupont parce qu’il considère certains aspects du travail comme intolérables. Les autres collègues ne connaissent pas de monstre. C’est Dupont qui est sans doute inadapté à ces leux de travail.

Pour une anthropologie de poche

Tout ce qu’il voit, il le voit mou

l’histoire d’un homme, qui adoucit sa vision du monde, pour ne plus en souffrir.

Théorie du trou collant

Une broderie autour de Ramon, qui était jusqu’à l’adolescence entouré du monde, et qui, au final, a pris conscience de lui- même, et est devenu la référence  de son monde.

Je tombe et me relève

« Contre l’accident, s’impose patiemment le rétablissement. »

« Un escargot sécrète et un nuage aspire; ils récidiveront, c’est sûr, mais une compensation étrangère à eux- même les rétablit, les fait grimper peu à peu jusqu’au meilleur d’eux- même avant l’inévitable récidive. »

« Certains ont soutenu que le rétablissement n’est possible que dans l’altération, mais c’était oublier que toute récidive est une désaltération, un retour à l’argile originelle de la faute. Nous sommes ce que nous sommes parce que nous nous altérons, nous quittons l’argile à la recherche du bonheur, la conscience et les pieds propres. »

The smiler with the knife under the cloak

Cette nouvelle raconte un hommage de Cortazar à Jorge Luis Borges.

Sur la manière de voyager d’Athènes au cap Sounion

Une mémoire « apothéosâtre ».

Cortazar traite du souvenir, du rôle de la mémoire dans l’adoration du passé.

Vision conforme à la science : chaque souvenir est une création, une sélection des éléments du passé, immortalisés conformément aux émotions de l’instant.

Rouvrir le coffre du souvenir, c’est l’altérer, car on l’aborde avec d’autres émotions, qui amènent à sélectionner certains éléments, à en changer la perspective. Le souvenir recréé remplace le souvenir initial. C’est le « souvenir du souvenir ».

« Les prétendues archives des photocopies restituent parfois d’étranges créatures; le « vert paradis des amours enfantines » est pour beaucoup un futur à l’envers, un avers d’espérance face au gris purgatoire des amours adultes; »

« Il me l’expliqua avec d’autres itinéraires grecs, cédant au plaisir de tout voyageur qui, en narrant son périple, le refait […] et en même temps savoure un voyage de remplacement, celui que fera l’ami à qui il explique à présent comment on va d’Athènes au cap Sounion. Trois voyages en un, le réel mais déjà passé, l’imaginaire mais présent en la parole, et celui que l’autre fera dans le futur en suivant les traces du passé et les conseils du présent[…]. »

Lorsque Cortazar effectue son voyage, il vit le décalage avec son imagination. A son retour, alors qu’il discute du voyage avec Carlos, son ami, l’imaginaire supplante le souvenir réel.

Sans doute qu’il avait investi beaucoup d’énergie dans cette création imaginaire, ce qui lui a confié plus de véracité et de réalité … que la réalité elle- même!

Clifford

Un hommage de Cortazar au trompettiste de jazz Clifford Brown.

Nuits dans les ministères d’Europe

Cortazar fait le récit de ses nuits passées dans des bâtiments officiels, en tant que traducteur étranger, alors que les locaux n’y ont pas accès. De ce privilège il aime à abuser, en parcourant les couloirs déserts, entrant dans des bureaux interdits. C’est un récit de quiétude nocturne, faite de découvertes (un jardin privé dans un bâtiment public mais inaccessible) et de description d’ambiance solitaire.

Il faut être vraiment idiot pour

Le héros témoigne de son idiotie à s’émouvoir de tout, alors que la critique intelligente semble incapable de profiter des plaisirs simples de la vie. Cortazar évoque la bienpensance qui vise à cadrer ce qui est digne d’intérêt et à rejeter le reste.

Mais qui est l’idiot ? Celui qui écoute son cœur, ou qui suit la pensée dominante, collective?

Deux histoires zoologiques et une autre presque

Société anonyme

Un vendeur ambulant d’insecticide, doit son succès au jeu d’acteur d’un moustique, qui prouve chaque fois l’efficacité de l’aérosol.

Par écrit poule une

Court texte à la grammaire approximative (proche d’un maître Yoda!), qui raconte la conquête du monde par les poules!

Sur la résolution des controverses

Hypothèse farfelue quant à la réaction d’un amiral, targué d’incompréhensible parce que fana de chewing- gum lorsqu’il parle, et de l’examen des répercussions envisageables sur la sécurité du pays dont le ministre aura fait cette remarque.

Louis super- Cronope

Encore une nouvelle qui ne me touche pas, comme L’homme à l’affut, dans Les Armes secrètes.

Cortazar raconte commet il a ressenti le concert de Louis Armstrong. Cependant, contrairement à l’émotion des bacchantes palpable dans les Ménades, Cortazar relie chaque émotion à une chanson connue, ou à l’apparence physique de l’artiste.

N’en ayant pas de souvenir, je n’adhère pas à cette description.

C’est avec un légitime orgueil

Dans cette nouvelle, Cortazar résume le cercle vicieux d’une coutume qui provoque une guerre qui entretient cette même coutume …

Le bûcher où brûle une

… ou le retour de l’implicite (déjà abordé dans On déplore la ), pour deviner le destin d’une fille considérée comme une …  sorcière (apparemment)!

Séjour de la main

C’est la rencontre d’un homme avec une main sauvage, qui vient, comme un animal, lui rendre visite. Jusqu’au jour où la méfiance de l’homme déçoit la main, qui l’abandonne.

La caresse la plus profonde

Cette nouvelle fantastique met en scène l’absence du héros, qui passe inaperçu, jusqu’à disparaître, sans que personne ne le remarque.

Il s’étonne d’abord de rétrécir, pour comprendre qu’il s’enfonce dans le sol, tel un passe- muraille.

Cependant, personne, pas même sa fiancé, n’y fait allusion. Alors, ne pouvant plus aller travailler, car il doit tout escalader, étant enfoncé dans le sol, il cherche le répit sur son lit, car allongé le phénomène s’estompe. Jusqu’à ce qu’il en sorte, pour sa fiancé, et remarque que le phénomène s’est amplifié.

Il parvient alors au lieu de rendez vous, passe devant la fiancé, qui ne le voit pas, car il est englouti par le sol, et la caresse qu’il lui fait, quand il effleure les semelles des chaussures de sa fiancé du fond du sol, est la dernière, avant d’y disparaître.

 

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A propos Erick

Diététicien, INFP, yogi coincé, coureur amateur. Buts: écrire mieux, donner du sens à chaque expérience en organisant par écrit mes impressions !
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3 commentaires pour Le tour du jour en quatre- vingts mondes, de Julio Cortazar

  1. eva dit :

    Bonjour, merci pour cet article!
    je suis française et j’habite en argentine; impossible de me procurer la traduction française de chez Gallimard. En réalité, j’ai seulement besoin de la traduction française de « me caigo y me levanto » que je viens de finir en espagnol, qui serait la nouvelle « je tombe et me relève ». j’en ai besoin pour un projet personnel de film ici et, se faire livrer depuis la France, dans la conjoncture actuelle revient très cher.
    Je voulais vous demander si, à tout hasard, vous pourriez me scanner ces quelques pages…
    Merci d’avance pour votre réponse,
    Eva

    • Erick dit :

      Merci pour ce commentaire venu de loin.
      Je ne peux évidemment pas scanner un document dont je ne possède pas les droits, désolé.

      Pour toute demande n’entrainant pas une publication sur internet, vous pouvez bien sûr utiliser le formulaire « Me contacter »!

  2. Ping : Julio Cortazar : Jeux (« Nouvelles, histoires et autres contes  # 2) | «Du thé sur le canapé

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